jeudi 22 mai 2014

Maison fondée en 1902... [L'histoire]


L'ami Geodaszner nous a envoyé un article qui raconte l'histoire
de la famille Bernat et de son magasin de Vendôme.

Un grand merci à lui.


Le grand-père Francisco Bernat, a quitté les îles Baléares à la fin du XIXe siècle pour créer un commerce en France. Une centaine d'années après, son petit-fils Andrès tient toujours la boutique de produits espagnols dans le centre de Vendôme. Mais, après lui, qui reprendra cette échoppe qui a fait découvrir les oranges, les bananes, le rhum ou le malaga ?


De la soubresada (une saucisse pimentée), d'innombrables vins, des fruits, du turon, ce gâteau compact aux fruits secs : les étroites étagères de la minuscule boutique d'Andrès Bernat à Vendôme, nichée au cœur de la pittoresque sous-préfecture du Loir-et-Cher, regorgent de produits espagnols. A Noël et à Pâques, il propose du manchego, ce fromage de brebis assez relevé, parfois du serrano, un jambon cru parfumé. " Mon grand-père a importé ici les premières oranges, raconte ce sexagénaire. Les clients, qui voyaient les régimes de bananes encore vertes pendus en vitrine, entraient pour demander quelle était cette nouvelle variété de cornichons. " Aujourd'hui, le petit-fils, âgé de soixante-deux ans, continue d'importer des délices d'au-delà les Pyrénées et d'ailleurs, parfois au gré des désirs de la clientèle. " Comme ce nougat aux amandes, qu'un habitué nous a conseillé après des vacances en Espagne. On cherche toujours d'autres produits, on tâtonne comme avec ces nouvelles liqueurs de grenade et de pamplemousse ", décrit-il.

Retour en arrière. A la fin du XIXe siècle, comme des milliers d'autres Espagnols, Francisco s'exile et quitte sa terre aride de Majorque pour s'implanter en France, alors en plein boom industriel. Direction les hauts-fourneaux du Nord-Est, où il projette de créer une épicerie.

Après un apprentissage à Nancy, il prospecte à Laon et à Pont-à-Mousson. Mais la concurrence est rude d'autant qu'il n'est pas le premier à avoir eu l'idée de nourrir les ouvriers de la sidérurgie. " En plus, il avait très froid ", sourit son descendant. Un ami majorquin installé à Blois lui conseille de le rejoindre dans le Val-de-Loire, où les Espagnols et les Italiens sont plus rares et " où le climat est plus doux ", précise Andrès. Francisco choisit Vendôme et y fonde " Aux Iles Baléares " (devenu " Aux Produits d'Espagne " dans les années 1920), au bord de la route qui mène à son pays, la Nationale 10 Paris-Bordeaux. On est en 1902. D'autres membres de sa famille le rejoignent pour faire les marchés. Parmi eux, Francesca, une cousine qui deviendra son épouse et la mère de ses sept enfants.

Tandis que des oncles fondent un commerce de gros à Tours dans les années 1920, l'une des filles reprend la boutique d'à peine 30 mètres carrés, trop petite pour faire vivre une grande famille. Les autres se dispersent dans toute la France, voire retournent en Espagne. Malgré cette lignée impressionnante, Andrès ne peut masquer son inquiétude : qui après lui ? Célibataire, il a voué sa vie au commerce familial, ouvert six jours sur sept, y compris en plein mois d'août. " Nous n'avons jamais fermé l'été. La famille s'est toujours débrouillée pour baisser le rideau en octobre, quand c'était plus calme. Au début, nous partions un mois, mais depuis une dizaine d'années les vacances sont réduites à une quinzaine de jours et cela fait dix ans que je ne suis pas retourné au pays. Le commerce de proximité : c'est une affaire de temps ", définit Andrès Bernat, qui a conservé la nationalité espagnole.

Il y a bien des petits-cousins mais le patron est dubitatif : " Je vends du rosé à un SDF, qui s'offre un plaisir après la sortie de la messe, des pêches juteuses à une mère de famille soucieuse de la qualité des fruits, un porto à une retraitée aisée... et à chaque fois je discute, j'écoute, je conseille, c'est un travail qui demande beaucoup d'investissement personnel. "

Aidé d'une vendeuse et d'un temps partiel pour les livraisons, Andrès Bernat reconnaît que la grande distribution lui a fait du tort, le transfert de la Nationale 10 à l'extérieur de la ville également. L'essor des cavistes a aussi amputé le maigre chiffre d'affaires d'à peine 100.000 euros. Il a pourtant des atouts : des produits sélectionnés avec soin, des fournisseurs de confiance et une clientèle fidèle. A cela s'ajoute une belle réputation puisque la Maison Bernat est citée par plusieurs guides gastronomiques et touristiques.

Mais le compte à rebours est enclenché. Un brin bravache, Andrès se redresse fièrement : " De toutes les façons, j'ai encore une bonne douzaine d'années pour prendre une décision. "



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